Le cancer au travail est un sujet difficile. Pourtant il est essentiel d’en parler en entreprise.

Selon une étude menée en mai 2022[1],15% des entreprises sont - ou ont déjà été - confrontées à au moins un cas de collaborateur atteint de cancer.

Pour les personnes concernées, il peut susciter (à juste titre) la crainte d’être catégorisées ou prises en pitié. Pour les entreprises et les représentants du personnel, il soulève des questions complexes.

Comment accompagner les salariés touchés par cette maladie dans leur parcours professionnel ? Faut-il préparer le retour à l’emploi des
salariés en rémission ? Comment ?

Face à un enjeu de santé publique aussi important, le MAG’CSE ouvre le dialogue pour enfin briser le tabou !

 

 

Les défis de l’entreprise et des salariés face au cancer au travail

 

Aborder le cancer en entreprise, c’est faire face à des défis humains, organisationnels et relationnels. Voici comment ces enjeux se manifestent au quotidien.

 

Organisation et les relations au travail face au cancer

 

Les absences prolongées représentent un défi important pour les entreprises. Lorsqu’un salarié s’absente sur une longue durée pour des traitements, cela perturbe généralement l’organisation du travail. Les équipes doivent souvent assumer une charge supplémentaire, ce qui peut générer du stress, de l’épuisement et des tensions. Dans les petites structures, cette situation peut déséquilibrer l’ensemble des opérations. 

Maintenir un équilibre entre le soutien humain et les objectifs professionnels est une difficulté constante. La maladie d’un salarié mobilise des émotions fortes au sein de l’équipe, mais les impératifs de performance demeurent. Cela peut créer un climat où l’empathie et les attentes opérationnelles semblent en opposition, ce qui rend les relations plus compliquées.

Le diagnostic d’un cancer entraîne souvent des craintes liées à la stigmatisation ou à l’isolement. Certains salariés hésitent à partager leur état de santé par peur du jugement ou d’être considérés comme moins compétents. Cette peur peut les couper de leurs collègues, nourrissant un sentiment de solitude, et renforçant le silence qui entoure la maladie.

La gestion des besoins spécifiques d’un salarié malade constitue également un défi. Les effets secondaires des traitements, comme la fatigue ou les douleurs, réduisent parfois la capacité de travail. Sans reconnaissance explicite de ces besoins, le salarié peut se sentir incompris ou marginalisé.

Enfin, le tabou autour du cancer demeure un obstacle majeur. Beaucoup d’entreprises et d’équipes ont des difficultés à aborder ouvertement le sujet. Cette réticence à en parler peut aggraver les malentendus et renforcer l’isolement des salariés malades.

Cette réticence peut également masquer des risques liés à l’environnement de travail, comme l’exposition à des produits chimiques, connue pour être un facteur de cancers professionnels.

 

Les non-dits et la méconnaissance des implications concrètes de la maladie empêchent souvent les équipes de comprendre les défis réels que traverse leur collègue. Ce tabou peut également freiner les discussions nécessaires pour anticiper et gérer les impacts de la maladie sur le travail. Sans une prise en compte explicite de ces aspects, l’environnement professionnel peut devenir source de stress supplémentaire pour le salarié touché par le cancer, tout en compliquant la coordination au sein des équipes.

 

 

Cancer au travail : 10 conseils pour briser le tabou

 

En tant que représentants du personnel, vous avez un rôle clé à jouer pour briser le tabou du cancer au travail et soutenir efficacement vos collègues concernés. Or, aucun soutien ne peut être apporté si personne n'ose en parler.

Voici 10 conseils pratiques et concrets pour vous aider à lever le tabou autour du cancer au travail, tout en respectant l’intimité des salariés et l’organisation de l’entreprise.

Catégorie

Conseil

Sensibilisation et formation

1.  Former les managers et représentants du personnel à identifier les besoins spécifiques des salariés et adopter une communication adaptée

2. Organiser des sessions de sensibilisation avec des experts (médecins, psychologues, associations, ateliers dispensés par l’Institut National du Cancer) pour expliquer l’impact du cancer au travail

3. Diffuser des ressources éducatives, comme des guides ou brochures, pour expliquer comment aborder le sujet du cancer en entreprise

Communication et culture

4. Encourager une culture d’ouverture, intégrant la bienveillance et l’inclusion dans les valeurs de l’entreprise

5. Créer des espaces de parole, tels que des groupes de discussion ou plateformes anonymes, pour permettre aux salariés d’exprimer leurs besoins

6. Utiliser des campagnes internes (affiches, e-mails, vidéos) pour sensibiliser sur le cancer et combattre les idées reçues

Collaboration externe

7. Nouer des partenariats avec des associations spécialisées pour obtenir des conseils et des outils pertinents

8. Participer à des initiatives nationales ou locales pour sensibiliser davantage les équipes sur les problématiques liées au cancer au travail

Suivi et amélioration continue

9. Évaluer l’impact des actions mises en place en réalisant des enquêtes auprès des salariés pour mesurer leur efficacité et ajuster si nécessaire

10. Documenter et partager les bonnes pratiques au sein du CSE pour inspirer d’autres entreprises à adopter des démarches similaires



 

Bon à savoir :

Il n'y a pas de véritable sensibilisation sans une formation adéquate des managers.

Si vous ne parvenez pas à obtenir des sessions de formation régulières ou des ateliers récurrents auprès de la direction, nous vous recommandons - à minima - de transmettre à chaque manager de l’entreprise le document “5 récits à destination des managers”, élaboré par l’Institut national du cancer.

Diffuser ce document ne sera efficace que si les managers prennent le temps de le lire et de l'intégrer dans leurs pratiques. Sans une véritable implication de leur part, l'impact de cette démarche reste limité.



 

 

Cancer au travail : le rôle essentiel des élus du CSE dans l’accompagnement

 

Le soutien aux salariés atteints de cancer passe par une attention particulière pendant leur maladie et une préparation efficace lors de leur retour au travail. 


Soutenir les salariés pendant la maladie


Le soutien aux salariés touchés par un cancer doit être envisagé au cas par cas.

Chaque parcours est unique, avec des implications économiques, sociales et personnelles qui varient d'un salarié à l'autre.

En effet, des études montrent qu'après un diagnostic de cancer, près de 20 % des salariés âgés de 18 à 54 ans ne travaillent plus cinq ans après le diagnostic. De plus, 63,5 % des personnes souffrent de séquelles liées à la maladie ou aux traitements, ce qui peut avoir un impact à long terme sur leur capacité à travailler.

Fatigue, douleurs, troubles de la concentration et du sommeil sont des facteurs qui compliquent non seulement le maintien à l'emploi pendant la maladie, mais aussi le retour à la vie professionnelle après la rémission.

C’est pourquoi, pour soutenir efficacement les salariés malades, il est crucial de tenir compte de ces impacts et d’adapter l’organisation du travail en fonction de leurs besoins individuels, tout en maintenant les conditions de performance de l’entreprise.

C’est précisément cette conciliation entre les deux qui est souvent difficile.

Il est essentiel de mieux informer les salariés et les managers sur les dispositifs d’accompagnement existants, qu'il s’agisse de congés maladie, de maintiens de salaire, ou encore d’options comme la reprise à temps partiel thérapeutique.

Là aussi, les membres du CSE peuvent se renseigner sur des ateliers de formation proposés par des institutions comme l'Institut national du cancer afin de mieux comprendre les effets de la maladie et les solutions disponibles.

Le soutien aux salariés malades ne peut être efficace sans une véritable formation des managers. La compassion seule ne suffit pas : les managers doivent être informés des effets indésirables d’un cancer, tels que la fatigue intense ou les troubles cognitifs, pour mieux accompagner leurs équipes. 

 

Bon à savoir :

Des ateliers de sensibilisation sont un bon moyen de combler cette lacune. Une formation adéquate permet de répondre aux questions éthiques et pragmatiques que soulève la gestion de la vulnérabilité des salariés tout en respectant les impératifs économiques de l’entreprise.

Au-delà des aspects médicaux, les élus du CSE peuvent également jouer un rôle dans le soutien psychologique. Le cancer, en plus de ses effets physiques, peut avoir des répercussions sur la qualité de vie des salariés, tant sur le plan économique que social.

Faciliter l'accès à des services d'accompagnement psychologique (consultations avec un psychologue ou groupes de soutien) permet de soutenir les salariés touchés dans cette épreuve difficile.

Des aménagements spécifiques doivent être mis en place en fonction de l’état de santé du salarié. Les élus du CSE peuvent intervenir pour obtenir un aménagement du poste de travail, comme des horaires flexibles, du télétravail ou une réduction de la charge de travail

 

Bon à savoir :

Depuis 2019, les salariés touchés par le cancer peuvent demander une RQTH.

En soulignant que la volonté de poursuivre une activité professionnelle - lorsqu'elle est bien organisée - peut améliorer la qualité de vie des salariés malades, les élus peuvent aussi argumenter sur l'importance de l'engagement de l'entreprise pour maintenir un salarié dans l'emploi.

Ce soutien n'est pas seulement bénéfique pour le salarié, mais aussi pour l'entreprise, car il a un impact positif sur l'image de marque, la productivité et la responsabilité sociétale (RSE), un aspect particulièrement attractif pour les jeunes talents en quête d'un employeur responsable.

Cancer, travail, et vie privée du salarié


Pour soutenir au mieux les salariés confrontés à la maladie, les membres du CSE assurent une communication transparente entre la direction, les managers et les équipes. L’objectif ? Éviter l'isolement du salarié malade et prévenir les malentendus liés à l’absence et/ou à la baisse de productivité du salarié concerné.

S’il est essentiel d’encourager un environnement de travail solidaire et compréhensif, préserver l’intimité des salariés malades l’est tout autant.

Pour ce faire, les membres du CSE prennent plusieurs mesures concrètes. Ils veillent à limiter le partage d’informations personnelles, ne communiquant que des informations générales sur l'absence ou les besoins d'aménagement, sans divulguer de détails sur la maladie elle-même.

 

 

Bon à savoir :

Avant de partager toute information concernant un salarié, assurez-vous d’obtenir son accord préalable, même de manière anonyme ou globale.

Favorisez également des aménagements de poste sans stigmatisation, en proposant des solutions comme le télétravail ou les horaires flexibles sans spécifier la nature de la maladie. Cela permet de soutenir le salarié tout en respectant sa vie privée.

Enfin, pour maintenir la confidentialité et éviter toute intrusion dans la vie personnelle du salarié, les membres du CSE privilégient une écoute active et personnalisée.

Chaque salarié bénéficie d’un suivi adapté, où les discussions sur l’aménagement du travail sont menées de manière privée et respectueuse, sans jamais dévoiler des informations sensibles à d’autres membres de l’équipe.

Ces pratiques garantissent une approche bienveillante et discrète, assurant le soutien nécessaire au salarié tout en respectant son intimité et sa dignité.

 Préparer le retour à l’emploi après un cancer au travail


Pour soutenir au mieux le retour à l’emploi d’un salarié ayant eu un cancer, il est essentiel d’adopter une approche personnalisée, progressive et respectueuse.

Chaque situation étant unique, le retour doit être adapté aux besoins spécifiques du salarié, tout en tenant compte des dynamiques d’équipe et des contraintes organisationnelles.

De nombreux salariés en rémission souhaitent revenir rapidement au travail, parfois trop abruptement, car ils ne supportent plus de rester chez eux. Cependant, cette reprise peut être très fatigante, en raison des effets secondaires des traitements, qui peuvent persister plusieurs mois, voire des années.


Bon à savoir :

Une visite de pré-reprise avec le médecin du travail est cruciale.

En fonction de la situation, il peut être utile de favoriser un maintien dans l'emploi à temps partiel thérapeutique, une option à envisager dès le retour pour le salarié, en concertation avec le médecin du travail.

Bon à savoir :

Le médecin peut ainsi recommander une reprise progressive, par exemple deux ou trois jours par semaine pour les premiers mois.

Le retour nécessite une tolérance accrue de la part des collègues et des managers. Il est essentiel d’accepter que le salarié puisse faire des erreurs ou montrer des signes de fatigue, tout en maintenant un dialogue bienveillant et constructif sur ses besoins. Sensibiliser les managers et les équipes sur le fait qu’un salarié en rémission n’est pas immédiatement à 100 % de ses capacités est une étape clé.

Il peut y avoir des tensions ou des conflits dans l’équipe, notamment si la charge de travail pendant l’absence du salarié n’a pas été correctement répartie. Certains collègues peuvent ressentir de l’agacement, en particulier si l’entreprise n’a pas pu embaucher un remplaçant en raison de la durée souvent indéterminée des traitements.

Cette situation est particulièrement complexe dans des contextes où des horaires atypiques, comme le travail de nuit ou dominical, viennent s’ajouter à la charge mentale des équipes.

Pour éviter cela, vous pouvez, en amont, recommander aux managers de :

        Réorganiser les tâches au moment de la reprise, afin d’éviter une surcharge immédiate pour le salarié ou des frustrations dans l’équipe.

        Préparer une to-do list allégée pour permettre au salarié de reprendre très progressivement, sans ressentir le besoin de "prouver" sa valeur à tout prix.

Pendant l’absence, des changements peuvent avoir eu lieu au sein de l’entreprise (nouvelles procédures, restructurations, outils, etc.). Il est crucial de prendre le temps d’expliquer ces évolutions au salarié pour qu’il puisse se réintégrer sereinement.

Enfin, un travail de sensibilisation des équipes et une collaboration étroite avec la direction sont nécessaires pour élaborer un plan de réintégration sur mesure. Cela peut par exemple se faire lors d’une réunion du CSE !

[1] Enquête quantitative BVA menée en avril-mail 2022
« Dispositifs d’aide pour les personnes atteintes de cancer en activité »

À retenir 

Le cancer au travail pose des défis humains, relationnels et organisationnels.

Dans ce contexte, les membres du CSE libèrent la parole, adaptent les conditions de travail, et soutiennent les salariés de manière personnalisée, qu’ils choisissent de continuer, de s’arrêter ou de reprendre leur activité.

Comme toujours, une approche sans tabou, inclusive, et respectueuse favorise un environnement solidaire et bienveillant !

 
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